Le glacier Mertz

Bonjour (Dobrayi outra) à tous du glacier Mertz en Antarctique

Temps couvert, 110 km/h de vent, t° – 5°C

Mardi 31 janvier 9h00 du matin (décalage +10 h) donc il est samedi 23h pour vous.

Désolé pour le retard mais j’étais très occupé par mon travail sur le bateau.
Je répondrai à vos questions demain.

Bonjour (Dobrayi outra) à tous du glacier Mertz en Antarctique

Temps couvert, 60 km/h de vent, t° – 5°C

Papa : papa
Maman : mama
Grand-mère : babouchka
Grand-père : diédouchka
Frère : brate
Soeur : sistra

Comme je vous l’avais annoncé la semaine dernière, nous ne nous sommes pas arrêtés à l’île Macquarie à cause d’une tempête. Le bateau est donc allé directement vers le glacier Mertz en Antarctique. La traversée s’est bien passée malgré deux jours de grosse mer, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous. Dans ces conditions on est content d’être sur un gros bateau. C’est malgré tout assez impressionnant de voir la puissance de l’océan et des vagues qui viennent percuter la coque du Treshnikov (on prononce Trechnikof). Après 4 jours de mer, les premiers petits glaçons ont fait leur apparition, signe annonciateur que l’on se rapproche de l’Antarctique. La température a elle aussi chutée en passant de + 28°C au départ à – 5°C aujourd’hui. Au fur et à mesure que l’on se rapproche du continent blanc, nos petits glaçons deviennent de plus en plus grands et denses pour devenir de grosses plaques de glace de plusieurs mètres d’épaisseur et d’une superficie souvent supérieur à la taille d’un terrain de rugby (pour changer du classique terrain de foot). Les premiers icebergs plus ou moins gros ont eux aussi fait leur apparition.

La particularité de notre bateau est d’être avant tout un brise glace. On ne peut pas venir dans ces régions avec un bateau classique qui ne résisterait pas contre la glace. Le Treshnikov a donc une coque renforcée et une étrave particulière. Elle est arrondie pour que le bateau puisse monter sur ces plaques et ensuite les casser sous son poids. Oui c’est le principe des brise-glace. Ils ne cassent pas la glace en rentrant dedans mais en montant dessus et le poids du bateau fait le reste. Le Tresnnikov peut sans problème briser jusqu’à 4 mètres de glace. Quel spectacle de naviguer dans cette polynie (du russe polynia, une étendue d’eau qui ne gèle jamais, généralement à cause du vent qui chasse la glace dès qu’elle se forme) et d’arriver devant le front du glacier Mertz qui vient se jeter dans l’océan austral. Nous voici face à une immense barrière, comme un mur de glace d’une cinquantaine de mètres de haut (la partie émergée) et quarante km de large. La partie immergée a une épaisseur de 300 à 350 m. Le glacier flotte sur l’océan. Tout est démesuré ici en Antarctique. Ca doit être la 16 ème ou 17 ème fois que j’ai la chance de toucher ce continent et je vous assure qu’on ne peut pas se lasser d’un tel spectacle, d’une telle ambiance. Les 120-130 km/h de vent à notre arrivée nous confirment que nous sommes bien parvenus au pays des manchots. Ces vents que l’on appelle catabatiques descendent tout droit de la calotte glaciaire. Ils accélèrent au fur et à mesure de leur descente pour parfois dépasser les 300 km/h.

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Le bateau

Aujourd’hui visite de la salle de sport, de la salle à manger, et du hangar hélicoptères. Vous verrez sur les photos que pour pouvoir ranger nos hélicoptères nous sommes obligés d’enlever les pales. Pendant les temps de navigation entre deux stop nous prenons le petit déjeuner entre 7h30 et 8h30, le repas du midi entre 11h30 et 12h30, un petit goûter est servi de 15h30 à 16h et pour finir nous dînons de 19h30 à 20h30.  Quand nous sommes sur une zone d’étude, ces horaires varient suivant l’activité. Ces trois derniers jours par exemple je me levais et commençais ma journée à 6 h du matin pour terminer vers 21 h. Hier soir je me suis même posé avec l’hélicoptère à 23h après une journée sur le glacier Mertz pour faire des prélèvements de glace. Mais vu que nous sommes au sud du cercle polaire antarctique, et qu’ici c’est l’été, même à 23h il ne fait encore jour.

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Science

Avant de vous parler de notre robot des profondeurs, partons cette semaine faire de la science avec Joel et Bradley qui sont tous les deux des glaciologues. Leur travail consiste à étudier la glace et pour cela ils font des carottages. Ces prélèvements sont ensuite stockés dans des boites isothermes placées dans des congélateurs sur le bateau. Comme cela la chaine du froid est respectée et ces carottes arrivent toujours congelées dans leurs laboratoires respectifs pour être analysées.  On peut trouver et récupérer pleins d’informations dans ces carottes de glace. Par exemple les petites bulles d’air prisonnières, que l’on trouve à l’intérieur, nous donnent toutes les informations nécessaires pour connaitre la qualité de l’air, le climat qu’il y avait au moment où elles ont été capturées. Chaque carotte fait entre 60 cm et 1 mètre de long. Il faut donc à chaque fois rajouter de la longueur à notre carottier pour descendre de plus en plus profond.  Au final nous sommes descendus jusqu’à 20 mètres de profondeur.

Pour la petite anecdote c’est Claude Lorius, un éminent glaciologue français, qui a eu cette idée d’analyser ces petites bulles d’air en buvant un whisky en Antarctique. Un jour alors qu’il faisait lui aussi du carottage au milieu de l’Antarctique, il a refroidi son verre d’alcool avec un bout de glace d’une carotte qu’il venait de sortir. En regardant ce petit glaçon fondre dans son whisky il a vu des petites bulles s’échapper et remonter à la surface de son verre et tout de suite il a eu cette idée géniale de les analyser. Aujourd’hui on peut grâce à ces carottages, qui peuvent s’enfoncer jusqu’à 4000 mètres dans les glaces de l’Antarctique, connaitre le climat qu’il y avait dans le passé. J’ai eu la chance un jour à Concordia (la base franco-italienne perdue dans le continent blanc), de tenir une carotte qui avait 800 000 ans (récoltée par 3200 m de profondeur).

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Faune

Dans cette région de l’Antarctique il n’y a pas autant de faune que sur la péninsule et beaucoup de manchots ont commencé à quitter le continent. On peut trouver et voir des manchots Adélie, qui nichent à terre et quelques rares manchots empereurs qui eux, contrairement aux autres, nichent sur la glace et restent dans ces régions en hiver pour se reproduire. Il y a une grosse colonie d’empereurs à Mertz, découverte il y a seulement 3 ans, mais à cette époque de l’année, ils ont déjà regagné l’océan. Les Adélie sont plus nombreux et on a eu la chance d’en voir quelques uns  qui se laissaient transporter sur de petits icebergs comme vous pouvez le voir sur les photos ci-dessous.

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Et ici un manchot empereur avec deux Adélie.

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Bonne journée et à bientôt,

Ben

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8 réflexions sur « Le glacier Mertz »

  1. bonjour ben,
    On aime bien la salle de sport et celle où tu manges.
    Les cuisiniers ont l’air de vous préparer de bons plats pour être en bonne santé et pour avoir de la force!
    A bientôt
    Salem et Nell

    J'aime

  2. Coucou Ben,
    Sur la dernière photo, lequel des trois manchots est l’empereur ? Celui qui est debout au centre, ou est-ce un des deux de chaque coté ?
    On a vu un reportage dans lequel il y avait des doigts de glaces dans l’eau. En as-tu déjà vu ?
    A bientôt, bonne continuation, on adore toujours autant lire tes articles, vivement le prochain !
    CE1 CE2 Prémanon

    Aimé par 1 personne

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